|
||||||||
|
||||||||
|
||||||||
|
||||||||
Dr Bernard COMBY Ministre de l'Education et de la Santé de la République et Canton du Valais Président de l'Institut International des Droits de l'Enfant (IDE) Sion (SUISSE)
"Beaucoup d'enfants - trop d'enfants - vivent une culture de la violence. Nous souhaitons contribuer à amoindrir leurs souffrances. Nous croyons que chaque enfant peut découvrir par lui-même que la violence n'est pas une fatalité. Nous pouvons offrir de l'espoir, non seulement aux enfants du monde, mais à l'humanité toute entière, en créant puis en construisant une culture de la non-violence." Ce Séminaire sur "Les Droits de l'Enfant et la Paix" s'inscrit parfaitement dans cet appel des Prix Nobel de la paix du 1er juillet 1997. Appel qui est à l'origine de la "décennie internationale de promotion d'une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde", qui a été proclamée par les Nations Unies et débutera le 1er janvier 2001. Monsieur le Président de l'Association Tunisienne des Droits de l'Enfant (ATUDE), Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, En ma qualité de Président de l'Institut International des Droits de l'Enfant (IDE), je suis heureux de vous apporter à tous un très cordial salut. Je tiens à féliciter chaleureusement l'ATUDE par son Président, M. Nadhir Hamada pour son dynamisme au service de la défense des droits de l'enfant et de la pertinence du choix du thème retenu pour ce Séminaire international. Je saisis également cette occasion pour saluer les efforts remarquables déployés par la Tunisie en faveur des droits de l'enfant, et en particulier par son Excellence M. le Président de la République ZINE ELABIDINE BEN ALI. Cette politique du respect de l'enfance et de la jeunesse s'avère de jour en jour plus important. En effet, compte tenu de la fragilité de l'enfant et surtout de sa dépendance au monde qui l'entoure, la responsabilité de l'adulte et de la société est lourde de conséquences pour son avenir. Ainsi, quelles que soient ses potentialités, l'influence de son environnement social, culturel et économique peut orienter sa vie future sur la voie du rêve ou sur celle du cauchemar. Les médias se font régulièrement l'écho d'événements où des enfants sont victimes d'abus, de sévices, d'exploitation de toutes sortes ou de maltraitance. Malgré la Convention Internationale des Droits de l'Enfant, signée et ratifiée par la quasi-totalité des Etats dans le monde, malgré les dénonciations unanimes de ces agissements inqualifiables, malgré la monstruosité de ces actes et enfin malgré les actions de prévention, de dénonciation et de répression des autorités et de la société civile, ce phénomène persiste. Pourquoi et comment cela est-il possible alors que ces actes sont dénoncés de façon unanime et de toutes parts ? Qu'est-ce qui pousse des adultes et parfois même des corps sociaux constitués, par exemple dans les cas des enfants- soldats, à commettre de tels actes ? Telles sont les questions lancinantes que l'on se pose, et qui souvent demeurent sans réponse !.. C'est dans le but de rechercher des éléments de réponses à ces questions fondamentales pour l'avenir de l'humanité que l'Association Internationale des Magistrats de la Jeunesse et de la Famille (AIMJF), dont je salue ici la présence de son Président, M. Lucien Beaulieu et l'Institut Universitaire Kurt Böosch (IUKB) ont créé en 1995 l'Institut International des Droits de l'Enfant (IDE). Je me plais à relever ici que dès le début des activités de l'IDE, nos amis tunisiens ont participé activement à ces travaux. La constitution de l'ATUDE en est un beau témoignage. Ainsi, depuis six ans, l'IDE poursuit inlassablement son activité de formation et d'information sur les droits de l'enfant. A cet égard, j'ai le plaisir de vous signaler que l'Institut a été mandaté par la Direction du Développement et de la Coopération suisse (DDC) pour créer et gérer une plate-forme interactive d'information et de formation en matière de droits de l'enfant. L'IDE a décidé d'utiliser sa présence sur le Web, grâce à cette plate-forme pour lancer, sous la forme d'un enseignement à distance, le premier Master international en droits de l'enfant, avec l'appui de l'Institut Universitaire Kurt Boösch (IUKB) et le concours de plusieurs universités européennes. Nous espérons que ces nouveaux services mis à la disposition de la communauté internationale contribueront à faire progresser le respect des droits de l'enfant dans leur application au quotidien. La paix constitue certainement l'une des conditions prioritaires du respect des droits fondamentaux des citoyens et des droits de l'enfant en particulier. Malheureusement, la violence qui est souvent à l'origine de la rupture d'un état de paix, se manifeste partout à des degrés divers : dans les stades, au travail, à l'école pour ne prendre que ces exemples. En effet, la violence fait partie inhérente de la société et de la vie humaine. On la retrouve sous de multiples formes et dans tous les domaines : "violence contre soi-même dans l'ascèse ou à l'endroit de l'autre qu'on aliène ou détruit; violence réelle (flic dans la rue) ou violence symbolique (flic dans la tête); violence fondatrice des villes (Rome, Thèbes...) ou des empires et violence destructrice des guerres, des épidémies et des famines; violence de la nature ou celle qui est provoquée par l'homme; violence qui fascine avec la magie sacrificielle de l'accident, qui angoisse s'il s'agit d'apocalypse, qui avilit comme la torture, libère dans l'euthanasie délivrance ou transcende l'homme en effort de dépassement… Parler de la violence, c'est donc nous situer en plein cœur du quotidien, face à la vie, face à la mort". (Baudry P. Une sociologie du tragique : Violence au quotidien, Paris, Ed. du Cerf 1986). Déjà à l'école, on inculque aux enfants la notion de compétitivité. Cette notion peut être valorisante pour certains individus qui s'adapteront aux changements. Cependant, l'école après la famille devrait être un des principaux facteurs d'intégration et de solidarité, valeurs difficilement compatibles avec la compétitivité. Les pratiques compétitives basées uniquement sur la réussite économico-sociale et non socio-culturelle inhibent des valeurs fondamentales telles que la tolérance dans la différence et le respect d'autrui. La société humaine, en pleine crise de communication, permet difficilement à l'adolescent de se situer. A l'instar du Professeur Pingeon, nous pouvons dire que : "La famille, l'école, le travail sont porteurs parfois de violences diffuses, réelles ou symboliques, dans le mot ou dans l'acte; violences à petites mailles qui portent nom : aliénation, injustice, dévalorisation, compétition, exploitation… La violence est celle des parents qui, imprévisibles, changent d'itinéraire et rejettent l'enfant qui encombre… La violence est aussi celle de ces professeurs qui manquent d'une élémentaire pédagogie et qui, pour ne point perturber leurs schémas définitifs, pour ne point remettre en question leurs fiches jaunies par le temps, ne tolèrent pas des comportements originaux, des velléités de marginalité, des rapports singuliers au savoir". Ce n'est pas la violence qui se mue mais notre rapport à la violence. Par exemple, certaines formes de violence telles que la violence conjugale ou la maltraitance infantile, même si elles ont toujours existé, n'ont pas toujours été perçues comme telles. Si l'on se réfère à de nombreux articles de journaux traitant du thème de la violence, on aurait tendance à croire que le phénomène de la violence prend des aspects démesurés. Et pourtant, la violence des jeunes n'est pas un phénomène nouveau lié à notre société de consommation. En réalité, les actes de violence juvénile ayant des conséquences graves restent rares, malgré quelques affaires spectaculaires qui émeuvent l'opinion publique… Faire une obsession de la violence des jeunes contre leurs pairs cache un phénomène beaucoup plus destructeur et dramatique : celui de la violence des jeunes contre eux-mêmes. La violence contre soi peut revêtir différentes formes : celles de la déprime ou de la dépression, du suicide, de l'anorexie. Les adolescents ont parfois recours à des comportements suicidaires qui peuvent être perçus comme l'unique moyen de régler une situation de conflit. L'anorexie touche particulièrement les filles. C'est durant l'adolescence que l'acte délinquant se manifeste plus facilement. La violence est souvent une forme d'expression face à l'absence de repères, de références et à la quête d'une identité. Notre époque est marquée par le déracinement des êtres humains. Le définitif, la sécurité de l'emploi… ne font plus partie du lexique de notre société. Par conséquent, l'individu doit apprendre à vivre dans un monde de précarité, où toutes sortes de liens ont disparu. Les rites, les coutumes, les liens parentaux, les liens de voisinage et une foule de réseaux communautaires et identitaires s'estompent. Cette disparition des liens génère ce qu'on appelle la crise du lien social… Ainsi, le chômage, la délinquance, les difficultés de vie, la montée de l'intolérance, la modification des rôles parentaux avec leur cortège de fractures au niveau familial et social et surtout l'exclusion sont les indices de cette crise. Ces indices ont des incidences sur notre système social. Ils peuvent devenir des sources de violences, de conflits, d'incivilités, de non-communication et d'exclusion. Afin de restaurer le lien social, toute une série de mesures doivent être prises. La médiation, par exemple, joue un rôle important en matière de prévention et de résolution des conflits. Sur le plan scolaire, la médiation classique par l'intermédiaire de médiateurs professionnels ne suffit plus. Il faut de plus en plus recourir à la médiation par les pairs, c'est-à-dire par les élèves eux-mêmes. Grâce à ce rôle d'entraide, il est possible de promouvoir une culture de la citoyenneté responsable. Le rôle du médiateur est de devenir en quelque sorte l'intermédiaire qui aidera à recréer des liens entre les deux élèves en conflit, en proposant un dialogue là où il y a eu une cassure. Et de faire prendre conscience aux protagonistes de leur responsabilité dans le conflit. La tâche de la médiation par les pairs ne doit pas se limiter à une simple technique de gestion des conflits, mais doit s'inscrire dans un projet pédagogique et social. Permettez-moi de rappeler ici que l'Institut Universitaire Kurt Bösch (IUKB), en collaboration avec plusieurs Universités européennes, a lancé le premier Master européen en Médiation. Les premiers diplômes seront remis en janvier 2001. A cette date, l'IUKB ouvrira une nouvelle formation universitaire post-grade dans ce domaine. Dans le cadre de ces travaux, des réflexions approfondies sont menées sur la médiation entre les pairs, qui ouvre des perspectives intéressantes pour la gestion et la résolution des conflits ainsi que pour instaurer une véritable culture de la non-violence. Dans cet esprit, je forme le vœu que cet important séminaire international contribue à défendre et à faire progresser ces valeurs non-violentes de respect, de justice et de solidarité. Nous pouvons dire, à l'instar de Jacqueline Morineau : "Chacun, au plus profond de lui-même, aspire à la paix, or les conflits sont un élément inséparable de notre vie quotidienne. La médiation propose un lieu, un temps pour rencontrer le désordre et la violence. Par sa dimension éducative, la médiation devient un moyen de réunir les hommes, de recréer un tissu social et d'initier une chaîne de solidarité qui dépasse les frontières. L'enjeu est immense mais la tâche est humble : commencer par se changer soi-même et nous pourrons changer le monde"…/p> Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Dans un contexte de violence, d'insécurité ou de guerre, l'enfant devient une proie bien plus vulnérable, exposée à tous les abus. Une attention toute particulière doit être accordée au respect des droits de l'enfant. Je voudrais évoquer ici brièvement trois domaines qui me paraissent particulièrement importants : 1. Le droit à la santé Les enfants, confrontés à des situations de violence, sont menacés dans leur intégrité physique et psychique. Les progrès de la médecine et de l'éducation des jeunes ont certes permis d'enrayer la progression des maladies dans les pays riches, mais il n'en est pas de même dans les pays en voie de développement. Par exemple, sur quelque 35 millions de personnes malades du Sida dans le monde, environ 25 millions vivent au Sud du Sahara. Dans le monde, deux personnes sur trois atteintes par le Sida sont africaines. Depuis l'apparition de la maladie, quelque 4 millions d'enfants sont morts avant l'âge de 15 ans. Il faut aider en particulier l'Afrique à mener une véritable croisade contre le fléau du Sida, en intensifiant les campagnes de prévention et en investissant davantage dans les programmes d'éducation à la santé visant une meilleure protection des femmes et des enfants. Je tiens à relever ici les efforts louables de la Tunisie en faveur de l'éducation et de la promotion de la santé. 2. Le droit à l'éducation Après la santé physique, la formation constitue certainement la condition déterminante du développement psychique, intellectuel, social et culturel de l'individu. Le droit à l'éducation proclamé il y a plus de cinquante ans par la Déclaration universelle des droits de l'homme et rappelé fort opportunément en 1989 par la Convention internationale des droits de l'enfant est un droit humain fondamental. Mais selon le rapport de l'UNICEF sur la situation des enfants dans le monde, il faut bien constater la gravité de la situation : dans les pays en voie de développement, quelque 130 millions d'enfants dont une majorité de filles ne peuvent pas exercer ce droit fondamental et des millions d'autres se morfondent dans des écoles médiocres ou n'apprennent presque rien. Si l'on veut éviter que le fossé grandisse encore entre les pays riches et les pays pauvres, il faut utiliser les nouvelles technologies de la société de l'information pour offrir à tous les enfants du monde l'accès au savoir qui est une condition signé qua non du développement humain. A l'instar du Secrétaire Général des Nations Unies, Kofi A. Annan, nous pouvons dire que "le défi à relever tient en une phrase : au seuil du 21e siècle, plaçons au premier rang de nos priorités et au cœur de notre mission, l'éducation pour tous" … 3. Le droit à la paix L'article 38 de la Convention internationale des droits de l'enfant précise que : "Les Etats parties s'abstiennent d'enrôler dans leurs forces armées toute personne n'ayant pas atteint l'âge de quinze ans". Or, dans plus de 40 pays, des enfants sont utilisés comme soldats et participent à des combats. Ils seront à jamais marqués par les violences qu'ils ont vécues ou commises. La loi interdit de faire combattre des enfants. Pourtant, dès 8 ou 10 ans, des enfants sont enrôlés dans des groupes armés. Ces enfants-soldats sont souvent les plus mal traités et les plus exposés aux dangers. La guerre n'est pas un jeu d'enfants et pourtant, selon l'UNICEF, il y a près de 300'000 enfants-soldats dans le monde. En 10 ans, deux millions d'enfants ont été tués, quatre à cinq millions sont devenus infirmes, douze millions ont perdu leur foyer. Plus d'un million sont devenus orphelins ou ont été séparés de leurs parents, dix millions ont vu tellement d'horreurs qu'ils font des cauchemars qui les empêchent de vivre normalement. Les enfants-soldats sont souvent des orphelins ou des réfugiés. Le recrutement peut se faire même par l'enlèvement d'enfants dans leur foyer, dans leur école ou dans des camps de réfugiés. Comme il n'y a pas d'entraînement formel ou très peu, on les brutalise pour les endurcir aux combats et aux atrocités. Pour les pays en développement, avoir à s'occuper de ces jeunes traumatisés physiquement et psychologiquement représente un très lourd fardeau. Depuis juillet 1998, ce crime d'enrôlement d'enfants dans des groupes armés est condamné par la Cour pénale internationale. Mais dans la pratique, aucun pays n'a encore été sanctionné. Devant ces crimes, la dénonciation ne suffit plus. Il faut se mobiliser pour que cette dérive soit sanctionnée sévèrement par la communauté internationale. Nous n'acceptons plus que les petits des hommes soient utilisés pour de la chair à canon ! Il faut que ce scandale permanent cesse et que les "petits princes" ne soient plus martyrisés et assassinés ! Dans cet esprit, il ne suffit pas de décréter le droit à la paix. Il s'avère indispensable de prendre des mesures, sur le plan international, afin d'améliorer les conditions de vie et le niveau socio-économique des pays économiquement faibles. En effet, la pauvreté et le désœuvrement constituent des terreaux privilégiés pour le recrutement d'enfants-soldats. Le renforcement de l'aide aux pays en voie de développement doit être considéré comme une priorité. Nous relevons à cet égard la pertinence des efforts consentis pour la remise, voire l'annulation de la dette des pays les plus pauvres de l'hémisphère Sud. Nous saluons le fait que la réduction de la pauvreté est devenue un point central des programmes du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale. Il faut poursuivre inlassablement dans cette direction. En outre, dans le contexte même des droits de l'enfant, l'Assemblée Générale des Nations Unies a adopté cet été un protocole additionnel concernant l'enrôlement des enfants dans les conflits armés. Le principal contenu de ce protocole fixe à 18 ans l'âge limite pour l'implication dans les conflits armés alors que la Convention Internationale des Droits de l'Enfant arrêtait cet âge limite à 15 ans. Nous saisissons l'occasion de ce Séminaire international pour lancer un vibrant appel aux Etats signataires de la Convention afin qu'ils ratifient le plus rapidement possible ce protocole additionnel dans le but d'enrayer définitivement ce fléau, qui déshonore la condition humaine. Enfin, il faut également travailler à changer les mentalités dans le cadre de la vie quotidienne de chacun afin de passer progressivement d'une culture de la violence et de la guerre à une véritable culture de la paix. A ce titre, ce Séminaire, prélude en quelque sorte à la décennie internationale de promotion d'une culture de la non-violence et de la paix apporte une contribution utile à la réflexion et à la recherche de solutions nouvelles. Je forme donc le vœu que les exposés et les débats de cette semaine renforcent nos convictions, avivent notre dynamisme et consolident encore notre détermination à la défense efficace de la noble cause des droits de l'enfant en Afrique et dans le monde. En conclusion, je vous dédie cette pensée de Gandhi : "La non-violence est la plus grande force dont dispose l'espèce humaine"…
|
||||||||
| |
||||||||
áÌãÚíÉ ÇáÊæäÓíÉ áÍÞæÞ ÇáØÝá© 2001 [ATUDE]. ÌãíÚ ÇáÍÞæÞ ãÍÝæÙÉ. |